Il s’agit de remettre en cause la signification du mot « simplifier ». Qu’est-ce que le mot « simplifier » signifie lorsque l’on parle de la transmission de l’orthographe ? Est-ce raboter les règles existantes, les rectifier comme en 1990 et voir deux orthographes coexister, tolérées ? ou est-ce adopter les mêmes bases admises par tous ? La simplification de l’orthographe n’est pas de réviser à la baisse les exigences mais dans l’acceptation d’un donné unique.
Serpent de mer, la question de l’effondrement de l’orthographe revient avec les mêmes pénibles variations répétitives : la bonne orthographe serait un outil de « distinction sociale ». Dans ces ressassements stériles, on n’y hésite pas à faire la promo d’un seul institut de remédiations et, surtout, on cite le seul fameux tract Gallimard des Linguistes atterrés. On a l’impression alors d’avoir tout dit. Or, une fois dit, puis deux fois cité, puis dix fois relayé… Que fait-on ? Veut-on vraiment simplifier l’orthographe et ajouter de la confusion à la confusion ? Fait-on les mêmes reproches aux mathématiques dont les règles à apprendre sont bien plus complexes ?
Dans certaines bonnes écoles de Paris, les évaluations nationales en sixième ont d’ailleurs révélé cette année une baisse en français… mais pas en mathématiques alors que l’on demande jamais à cette discipline de simplification ! Le mal vient donc de loin en français et a une spécificité à diagnostiquer. Il s’agit de se retrousser les manches et de former les maîtres à entraîner les élèves et les étudiants à encore et encore consolider leurs bases plus que flageolantes. La langue française est le socle des autres disciplines a rappelé il y a peu Nicolas Baverez dans un article « Le krack éducatif ». Même en mathématiques il faut savoir lire et écrire. Il n’est pas certain que la question « Combien de quarts d’heure y a-t-il dans trois quarts d’heure ?, question à laquelle peu ont su répondre, soit une question de maths !
Convaincre parents et chefs d’établissement
Les chefs d’établissement doivent donc se saisir du problème coûte que coûte. Les parents attendent que leurs enfants qui ne sont pas tous destinés à des études de haut niveau sachent au moins les règles minimales d’accord, de conjugaison. Ils savent que l’indispensable confiance en sera le fruit. Le problème n’est pas de savoir d’où vient le nom girafe ni s’il a eu un jour dans son histoire deux f, ni de comprendre les mots compliqués des figures de style ni de remonter au Xe siècle dans une épineuse question de phonétique historique. Il s’agit de savoir distinguer les différents sons [e], de conjuguer un verbe du 3e groupe différemment d’un verbe du 1er, d’accorder simplement le verbe avec son sujet, de jongler – parce qu’entraîné – avec les bases de l’orthographe lexicale.
Et pour cela il faut renouer avec la grammaire, la nature et la fonction des mots. Et que l’on ne nous objecte pas que l’intelligence artificielle suppléera. Avec les mails, on revient à l’écrit et l’on ne supporte pas une première phrase commencée par « je vous joint » (sic). Bescherelle que les Français plébiscitent toujours vient de fonder sa dernière publicité sur la supériorité de l’intelligence humaine en s’amusant du dernier enfant de Sam Altman, Chat GPT, qui aurait bien besoin de leurs ouvrages de référence. Ajoutons à cela l’un des derniers sondages IFOP. A été mis en évidence qu’à côté de l’orthographe déficiente des jeunes il y avait aussi souvent une écriture manuscrite très mal maîtrisée.
Si simplification il doit y avoir, c’est celle d’une unification des transmissions à partir d’un donné déjà admis. Ce donné existe et n’a pas à varier pour se trouver obsolète dans quelques semaines, quelques années, pris dans les tenailles de discussions byzantines ou d’une écriture inclusive échevelée qui finalement n’a d’inclusif que son nom menteur.





