Il paraît que la dictée est ringarde. Curieux, pourtant : jamais autant de gens ne se sont battus pour une place à la “Dictée géante” ou aux différents concours d’orthographe. À croire que l’exercice que l’on dit dépassé est devenu… furieusement contemporain.
On annonce sa mort depuis des décennies : trop scolaire, trop punitive, trop XIXᵉ siècle. Pourtant, la dictée n’a jamais été aussi vivante. Tandis que certains la relèguent au musée des vieilles pratiques pédagogiques, des foules entières se pressent dans les gymnases, les stades, les théâtres d’école, les salles municipales pour écrire ensemble, stylo en main, le texte qu’on leur dicte. Le paradoxe n’en est que plus savoureux : plus on décrète l’obsolescence de la dictée, plus elle suscite d’enthousiasme collectif.
Pourquoi cette ferveur ? Peut-être parce que, à l’heure où tout s’écrit trop vite, où l’orthographe se résume parfois à l’autocorrection, la dictée redevient un geste rare : celui de l’attention, de la précision, du plaisir de mettre en jeu la langue. Peut-être aussi parce qu’elle crée un espace unique où l’on se rassemble autour d’un patrimoine commun — un mot après l’autre — dans une société saturée de messages instantanés. La dictée géante, c’est à la fois un défi, un jeu, et une manière d’appartenir à une communauté d’amoureux des mots.
Et si la dictée revenait en force précisément parce qu’elle semblait désuète ? Parce qu’elle offre une forme de résistance à la vitesse, au zapping, à la désinvolture orthographique ? Au fond, ceux qui pensent que la dictée est dépassée n’ont pas vu qu’elle est devenue un rite moderne : l’un des derniers lieux où l’on célèbre ensemble la beauté exigeante de la langue.





