Temps d’écran : pourquoi tous les écrans ne se valent pas

Il y a écran et écran, et confondre les deux relève d’une paresse intellectuelle que notre époque ne devrait plus se permettre. Depuis quelques mois, les tribunes se multiplient, dénonçant les injonctions contradictoires faites aux parents : on leur intime de limiter le temps devant les écrans de leurs enfants, tout en exigeant d’eux qu’ils consultent l’agenda numérique de l’établissement, qu’ils inscrivent leur progéniture à des cours de langues en ligne, qu’ils vérifient les devoirs sur un espace numérique de travail. Cette injonction paradoxale épuise, et elle mérite d’être clarifiée plutôt que subie.

Les écrans passages

Car tout écran ne se vaut pas. Scroller sur TikTok, se laisser porter par un flux algorithmique conçu pour arracher l’attention sans jamais la nourrir, n’a rien de commun avec le geste de rédiger, à la main, sur le papier, une dictée d’Une Dictée Par Jour par exemple. Dans un cas, l’écran happe et disperse ; dans l’autre, il introduit, guide, corrige, puis s’efface pour laisser place au stylo. L’écran n’est ici qu’un passage, plus qu’une destination.

Prenons l’absence d’un professeur, mal endémique de notre système scolaire. Que vaut-il mieux : une heure de permanence perdue, une classe livrée à elle-même, ou un enseignement en visioconférence qui maintient l’exigence et la continuité du programme ? La jachère pédagogique ne profite à personne ; le cours à distance permet d’avancer, de ne pas perdre le fil d’une explication de texte ou d’une démonstration mathématique commencée la semaine précédente. Certains élèves, grâce à ces dispositifs, couvrent même davantage de matière que leurs camarades d’un établissement où les cours se déroulent normalement.

Ce que le distanciel rend possible

Songeons aussi aux familles expatriées, pour qui l’accès à un enseignement du français exigeant relève parfois du parcours du combattant. Loin des grandes villes, loin des lycées français, l’écran devient la seule passerelle vers une langue que l’on refuse de voir s’étioler chez ses enfants. Pour ces parents-là, le cours en ligne est une nécessité, presque une bouée.

Et que dire du lycée dont le niveau déçoit, dont les résultats aux examens inquiètent ? L’écran, à travers des ressources choisies avec discernement, permet de compenser ce que l’établissement ne parvient pas à offrir. Il ne s’agit pas de se substituer à l’école, mais de combler, avec exigence et régularité, ce qu’elle peut parfois laisser en friche.

Ce qui distingue ces usages du naufrage numérique tant redouté, c’est précisément l’exigence qui les sous-tend. Une dictée d’Une Dictée Par Jour, loin d’une consommation chronophage, se travaille. L’élève lit, écoute, réfléchit, écrit sur le papier, puis revient à l’écran pour la correction filmée, qui explique chaque faute. Le geste est lent, exigeant, presque à contre-courant de l’instantanéité que promettent tant d’applications à clics.

L’exigence, seule différence qui compte

Pour la mère qui s’interroge, l’enjeu n’est donc pas de bannir l’écran, mais de le requalifier. Elle cherche moins une performance immédiate qu’un apaisement : celui de sentir qu’elle reprend la main sur un sujet où l’école, souvent, la laisse démunie. Et cet apaisement se double, avec le temps, d’une vraie fierté, celle de voir une dictée corrigée, une faute comprise, un niveau qui remonte.

Le numérique n’est pas un outil comme un autre. Il forme l’attention et l’intelligence de nos enfants, jour après jour. Voilà pourquoi chaque usage compte autant, et pourquoi il faut choisir avec soin ce qu’on lui confie. Certains croient protéger leurs enfants en tournant le dos au numérique tout entier ; ils les préparent surtout à un monde qui n’existe déjà plus. La prudence commande le discernement. À nous de faire ce choix, avec exigence, chaque jour. Et si les écrans de nos enfants doivent rester allumés, autant qu’ils servent à conjuguer qu’à scroller !