La dictée à l’heure de l’IA : rater, risquer, réussir

Dialogue pour nous-mêmes 

Hélène et Béatrice, fondatrices d’Une Dictée Par Jour, se posent les questions qu’on n’ose pas toujours poser.
Dix ans. Dix ans qu’elles construisent ensemble une plateforme de dictées littéraires progressives, convaincues que l’orthographe n’est pas un détail de culture générale mais une compétence fondamentale, sociale, presque politique. Aujourd’hui, quelque chose a changé dans le paysage éducatif, quelque chose de fulgurant, de silencieux, et qui les oblige à se poser des questions nouvelles. Elles ont décidé de se les poser à voix haute comme si Une Dictée Par Jour se regardait en face.

Béatrice à HélèneEst-ce que tu penses qu’on exagère ? Que notre inquiétude face à l’IA est celle de deux femmes attachées à un monde qui disparaît ?

Hélène — Cette question, je me la pose évidemment. Oui, nous avons grandi avec une certaine idée de l’effort, de la page blanche, du travail solitaire. Et oui, il y a toujours un risque de confondre nostalgie et lucidité. Mais ce que nous observons n’est pas une impression : c’est ce que les parents nous rapportent, c’est ce que les résultats montrent, c’est ce que les chercheurs en sciences cognitives documentent depuis des années, bien avant l’IA. La friction est nécessaire à l’apprentissage. C’est une réalité neurologique.

Hélène à Béatrice — Et pourtant l’IA explique bien. Mieux que beaucoup d’enseignants, parfois. Comment répond-on à cela sans être de mauvaise foi ?

Béatrice — En faisant une distinction que l’enthousiasme technologique tend à effacer : expliquer et faire apprendre sont deux choses différentes. L’IA excelle à la première. Elle est très limitée sur la seconde. Une explication brillante reçue passivement ne laisse presque rien. Ce qui laisse une trace, c’est l’effort de reconstruction quand l’élève doit reformuler, transférer, appliquer seul, dans un contexte nouveau, sans le texte sous les yeux. C’est précisément ce que la dictée impose. Et c’est précisément ce que l’IA, utilisée comme béquille, empêche peut-être de construire.

Béatrice à Hélène — Tu enseignes en prépa. Est-ce que tu vois un lien entre ce que tu observes là-bas et ce qui se passe aujourd’hui au collège, au lycée ?

Hélène — Oui, et c’est frappant. En prépa, on voit parfois notamment en début de première année des étudiants qui n’ont pas assez écrit à la main alors que les concours exigent papier, stylo et écriture manuscrite. Vu leur motivation, ça se rattrape encore assez vite aujourd’hui. Écrire, c’est penser et progresser dans la pensée. Formuler une idée dans sa propre langue, sous contrainte de temps, sans filet est un acte cognitif d’une toute autre nature que lire ou écouter une explication.

Hélène à Béatrice — On nous reprochera d’être contre le progrès. Comment porter  cela ?

Béatrice — Mal, parfois.  Parce que ce n’est pas ce que nous disons. Nous trouvons évidemment l’IA utile. Mais il y a une différence entre un outil qu’on maîtrise et une dépendance qu’on ne voit plus. Ce qui nous préoccupe, c’est la disparition progressive de la conscience de l’effort. Des élèves qui ne savent plus ce que cela fait de chercher longtemps sans trouver, de rater, de recommencer. Cette expérience-là n’est pas anecdotique. Elle construit quelque chose d’essentiel, une forme de rapport à soi-même face à la difficulté. Aucune machine ne peut le construire à votre place.

Béatrice à Hélène — Qu’est-ce que tu dirais à un parent qui te dit : mon enfant utilise l’IA, il progresse, ses notes s’améliorent, où est le problème ?

Hélène — Je lui dirais : attendez l’examen. Non pour lui faire peur mais pour lui proposer un test simple. Demandez à votre enfant d’écrire une page, seul, sans aide, sans relecture assistée, sur n’importe quel sujet. Regardez ce que cela donne. Ne regardez pas les fautes mais observez de près la texture de la pensée. Est-ce qu’il sait construire une phrase complexe ? Est-ce qu’il hésite, barre, recommence ? Est-ce qu’il doute ? Le doute est un signe de santé intellectuelle. Un élève qui ne doute jamais parce qu’une machine répond avant qu’il ait eu le temps de chercher, cet élève est en train de perdre quelque chose de précieux sans le savoir.

Hélène à Béatrice — Et nous, dans tout cela, est-ce qu’Une Dictée Par Jour est une réponse suffisante ?

Béatrice — Non. Et nous ne prétendons pas que ça l’est. Cinq à dix minutes de dictée régulièrement ne vont pas résoudre seules une transformation aussi profonde des modes d’apprentissage. Mais elles posent quelque chose d’essentiel : un rendez-vous quotidien avec soi-même. Un moment où l’on est seul, sans aide, face à une langue exigeante, portée par des auteurs qui ont eux-mêmes travaillé chaque mot. C’est modeste. C’est régulier. Et la régularité, en matière d’apprentissage, bat presque toujours le reste.

Béatrice à Hélène — Un dernier mot pour dire ce qui compte vraiment ?

Hélène — La connaissance, ce n’est pas uniquement ce que vous avez lu, c’est ce que vous pouvez aussi écrire seul, sous pression, sans aide. Cette définition-là, l’IA ne la remet pas en cause. Elle la rend simplement plus urgente. Et plus rare. Et donc plus précieuse.
Béatrice — Ce qui compte pour moi, c’est une image. Celle d’un enfant qui hésite sur un mot. Qui s’arrête. Qui cherche dans sa mémoire. Qui doute. Et qui tranche. Cet enfant-là est en train de penser. Vraiment penser. Sans consulter, sans déléguer. C’est silencieux, c’est fréquent, c’est invisible. Et c’est exactement ce qu’on essaie de préserver y compris avec l’outil numérique.
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À propos d’Hélène et de Béatrice 

Hélène Bodenez est professeur agrégé de lettres modernes, diplômée des Palmes académiques. Béatrice du Mesnil du Buisson est professeur certifié de lettres classiques, diplômée des Palmes académiques et est co-auteur de La Grammaire française chez Bordas.

Hélène enseigne, Béatrice a enseigné au lycée Saint-Louis de Gonzague/Franklin.

Professeurs passionnés par leurs métiers,les deux fondatrices décident de travailler ensemble. Elles sont très sensibilisées par le sujet de la maîtrise de l’orthographe. C’est un problème qui touche un public de plus en plus large, c’est pourquoi Hélène et Béatrice, s’appuyant sur leurs expériences, ont réfléchi aux meilleures pratiques pédagogiques pour améliorer l’orthographe de ceux qui parlent et écrivent le français.

Ensemble, elles décident de créer Une Dictée Par jour pour accompagner ceux qui ont besoin de progresser non seulement à l’école mais aussi dans leur carrière.

Une Dictée par jour aide les jeunes diplômés et les professionnels à progresser en orthographe, et plus encore…

Une Dictée Par Jour propose un accompagnement de qualité :

  • De l’aide auprès de tous les collégiens qui se préparent au DNB et à l’entrée au lycée.
  • De la prévention auprès de jeunes en risque de décrochage scolaire.
  • De la compensation c’est-à-dire aider les jeunes de plus de seize ans qui ont quitté le système éducatif sans avoir atteint le niveau minimum exigé de diplôme et de qualification en France.

L’objectif est aussi de faire progresser les jeunes actifs dont le niveau de langue est déficient.

Une Dictée Par Jour est une aubaine pour toutes les personnes qui souhaitent consolider leurs bases et progresser, pas à pas. Pas seulement pour les personnes se préparant aux examens (diplôme national du brevet) ou aux concours (de fonctionnaires, d’orthophonistes, de professeurs des écoles…) ! Hélène et Béatrice décident par ce biais de compenser les carences de grammaire et de lexique par des dictées données en audio et corrigées en vidéo. Ces exercices de français constituent un véritable instrument d’égalité sociale.

Plusieurs fonctionnalités sont disponibles sur le site pour faciliter l’apprentissage des utilisateurs. Une Dictée Par Jour propose ainsi :

  • Des dictées par saison, par difficultés, par points grammaticaux
  • Des quiz (avec évaluation complète reçue par mail)
  • Des parcours progressifs

Il est ainsi possible d’aborder les dictées de multiples façons, afin que la démarche soit la plus diversifiée possible.

Pour en savoir plus 

Site internet : https://unedicteeparjour.fr/

Vidéo de présentation : https://youtu.be/I_qUG4biDes

Comment ça marche : https://youtu.be/rQ8wMztm_wg

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Pourquoi Une Dictée Par Jour : https://www.youtube.com/shorts/hN53dPbUZN4

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